Porter le nom de Marguerite n’est pas donné à tout le monde. Dans la famille d’Elsa Perrier, ce prénom a marqué l’histoire : il fut celui de sa grand-mère et de son arrière-grand-tante. Et il baptise aussi le chai qui abrite désormais une production viticole audacieuse, aux parfums de terroir et certifiée AB.
Si l’histoire nous était contée
C’est avant tout une histoire de femmes que raconte Elsa Perrier à travers son attachement aux bâtisses et aux terres de sa ferme. Elle incarne la onzième génération à en hériter, mais aucune ne plantait des vignes… excepté pour la consommation personnelle.
Son projet viticole naît de sa curiosité pour l’histoire de Romegoux. Elle découvre qu’au XIIe siècle, cette petite commune exportait son vin. Une révélation qui pousse la jeune femme, dotée de multiples formations – à s’interroger sur les secrets de ce terroir.
Le vignoble à toutes les sauces
Titulaire d’un BTS viticulture-œnologie, Elsa Perrier obtient ensuite un diplôme d’ingénieure agronome. Pendant une dizaine d’années, elle multiplie les expériences : maître de chai, ouvrière agricole, responsable technique dans des exploitations bordelaises. À cela s’ajoutent un diplôme de dégustation et plusieurs années à promouvoir les produits charentais dans la cave à vins de Beurlay. Résultat : une grande maîtrise de chaque maillon de la chaîne, de la vigne à la dégustation.
La renaissance des vieilles variétés
Planter un vignoble là où il a disparu, à l’heure des défis économiques et climatiques, ressemble à un pari audacieux. Mais le projet d’Elsa Perrier repose sur une analyse fine des attentes des consommateurs, lassés des vins standardisés. Engagée dans une viticulture respectueuse de la nature, elle a choisi d’exhumer d’anciennes variétés charentaises : Meslier Saint François, Pineau d’Aunis, Chauché gris, ainsi que d’autres variétés comme le colombard et la Négrette. Des cépages rustiques, variés et à maturation tardive, qui renaissent sur les terres de Romegoux.
Elle avance à petits pas
Une vigneronne qui assume tout, y compris la maternité, doit construire son projet en accord avec ses capacités physiques. En 2018, Elsa Perrier commence par planter deux hectares sur des sols argilo-calcaires. Avec des rangs enherbés, il faut tondre, broyer, désherber à la main. Les vendanges, elles aussi manuelles, deviennent l’occasion pour la famille, les amis et le réseau « Les filles d’à côté » de partager des gestes ancestraux au cœur d’un paysage embelli par des haies et des boisements.
L’expression d’un terroir
Vinifiés avec les levures indigènes du raisin, exempts de modification en chai, les vins d’Elsa Perrier se distinguent des standards. En privilégiant le travail du sol et de la vigne, et en limitant les sulfites, elle donne naissance à des vins nature : le blanc est élevé en barrique pendant 9 à 10 mois, le rouge reste en cuve.
Le blanc, minéral et vif, séduit par sa longueur en bouche et sa complexité aromatique. Dès son premier millésime, un restaurant gastronomique local l’a adopté. Le rouge, léger et fruité, surprend agréablement par ses arômes et sa faible teneur en alcool.
À terme, Elsa Perrier va planter six hectares de vigne pour produire 25 000 bouteilles, offrant ainsi aux consommateurs des gammes variées en saveurs et en prix d’un vin 100% terroir.
La vente se fait en direct à la boutique du Chai Marguerite ou sur les marchés locaux.

